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LE JOURNAL IPROTEGO

Protéger son enfant du cyberharcèlement : guide pour parents et enseignants

Trois silhouettes échangent autour de bulles de conversation.
Illustration de rubrique réalisée avec l’aide de l’IA.

Pour un enfant ou un adolescent, le harcèlement ne s’arrête plus à la porte de l’école. Il continue dans les groupes de messagerie de la classe, sous les publications, dans les jeux en ligne, parfois au milieu de la nuit. Les adultes ne le voient pas, et l’enfant hésite souvent à en parler : par honte, par peur d’aggraver la situation, ou de se voir retirer son téléphone.

Ce guide s’adresse aux parents et aux enseignants. Il couvre la prévention, les signaux à repérer, les réglages utiles, et ce que chacun peut faire quand le harcèlement est installé. Les démarches communes à toutes les victimes (preuves, signalements, plainte) sont détaillées dans notre guide pour accompagner une victime de cyberharcèlement, et le cadre légal dans notre article Cyberharcèlement : ce que dit la loi.

Quels signes doivent alerter ?

Aucun signe ne suffit à lui seul. C’est le changement par rapport aux habitudes de l’enfant qui doit retenir l’attention, surtout s’il apparaît après un moment passé en ligne.

  • L’humeur : nervosité, tristesse, irritabilité ou calme inhabituel après avoir consulté son téléphone.
  • Les écrans : l’enfant les évite soudain, ou au contraire ne les quitte plus ; il cache son écran, ferme ses applications quand on approche, supprime un compte.
  • L’école : refus d’y aller, baisse des résultats, difficultés de concentration, mise à l’écart d’un groupe d’amis.
  • Le corps : troubles du sommeil ou de l’appétit, maux de tête ou de ventre répétés.

Pour un enseignant, d’autres indices comptent : un élève isolé dans la cour, des rires lorsqu’il prend la parole, des allusions à une photo ou à une conversation, un groupe qui se tait à son arrivée.

Comment en parler avec son enfant ?

Nous conseillons d’ouvrir le dialogue avant qu’un problème survienne. Demandez-lui ce qu’il fait en ligne, avec qui il échange, ce qui l’amuse ou le dérange. Un enfant qui a l’habitude d’en parler racontera plus facilement un incident.

Si vous soupçonnez un harcèlement, abordez le sujet avec douceur, dans un moment calme. Quelques repères :

  • Le croire : dites-lui qu’il a bien fait de parler et que personne ne mérite d’être traité ainsi.
  • Ne pas le culpabiliser : même s’il a partagé une photo ou répondu à un message, la responsabilité revient à ceux qui le harcèlent.
  • Ne pas confisquer le téléphone : c’est la crainte qui pousse beaucoup d’enfants au silence. Mieux vaut décider ensemble des mesures de protection.
  • Ne pas agir dans son dos : expliquez-lui chaque démarche que vous engagez.

Fixez avec lui trois réflexes : ne pas répondre aux attaques, faire des captures d’écran, prévenir un adulte de confiance. Rappelez-lui aussi de ne jamais partager ses mots de passe, même avec un ami proche.

Le 3018 n’est pas réservé aux jeunes. Selon e-Enfance, il accompagne aussi les parents, y compris sur les usages : temps d’écran, contrôle parental, paramétrage des comptes, jeux vidéo. Il est gratuit, anonyme et confidentiel, 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h.

Quels réglages et quel contrôle parental mettre en place ?

Depuis l’article L. 34-9-3 du Code des postes et des communications électroniques, issu de la loi du 2 mars 2022, les appareils donnant accès à internet doivent intégrer un dispositif de contrôle parental gratuit, dont l’activation est proposée lors de la première mise en service. Service-Public.fr précise que l’obligation s’applique depuis le 13 juillet 2024 aux ordinateurs, smartphones, tablettes, consoles, télévisions et montres connectées notamment. Le dispositif doit au minimum permettre de bloquer le téléchargement et l’accès, depuis les applications, à des contenus susceptibles de nuire aux mineurs ; les sites internet ne sont pas concernés.

La plateforme publique jeprotegemonenfant.gouv.fr rassemble les outils de contrôle parental par type d’appareil et de service : consoles, réseaux sociaux, téléphones, opérateurs. Elle rappelle que le contrôle parental n’est pas infaillible et ne remplace pas le dialogue.

Sur les réseaux sociaux et les messageries, nous recommandons de passer en revue, avec l’enfant plutôt qu’à sa place, les réglages suivants :

  • La visibilité du compte : compte privé, liste d’abonnés validée.
  • Les contacts : qui peut lui écrire, l’ajouter à un groupe, commenter ou mentionner son nom.
  • Les outils de protection : blocage, restriction, filtrage des mots offensants, signalement. Montrez-lui où ils se trouvent avant d’en avoir besoin.
  • La localisation : désactivée dans les publications et les applications qui n’en ont pas besoin.

Notre article sur les paramètres de vie privée des réseaux sociaux détaille ces options. Aucune interdiction générale des réseaux sociaux aux moins de quinze ans n’est en vigueur : la disposition votée en 2026 a été censurée par le Conseil constitutionnel, comme l’explique notre article sur la loi.

Votre enfant est harcelé : que faire en tant que parent ?

  • Conserver les preuves : captures datées, pseudonymes, liens des profils et des publications, avant tout blocage.
  • Prévenir l’établissement : si les auteurs sont des élèves, contactez la direction. Service-Public.fr conseille de ne pas chercher à régler le problème vous-même en contactant l’auteur des faits.
  • Faire retirer les contenus : le 3018, désigné signaleur de confiance par l’Arcom, peut signaler en priorité les contenus aux plateformes.
  • Porter plainte si nécessaire : l’enfant peut déposer plainte accompagné de son représentant légal, au commissariat, à la gendarmerie ou par courrier au procureur. Un service permet aussi aux mineurs d’échanger avec un policier ou un gendarme.
  • Veiller à sa santé : parlez-en au médecin. Un accompagnement psychologique est possible dès 3 ans dans le cadre du dispositif Mon soutien psy, présenté dans notre guide pour accompagner une victime.

En cas de menace pour sa sécurité, appelez le 17 ou le 112. Si vous craignez que votre enfant, ou un autre, soit en danger, le 119 répond gratuitement 24 heures sur 24, aux enfants comme aux adultes inquiets ; il traite aussi les situations de cyberharcèlement.

Et si votre enfant est témoin, ou auteur ?

Un témoin peut beaucoup. Service-Public.fr l’invite à prévenir un adulte de l’établissement, qui prendra la situation en charge. Encouragez votre enfant à soutenir la victime en privé plutôt qu’à répondre aux agresseurs, et à ne jamais relayer un contenu humiliant, même pour le dénoncer. Notre article Témoin de cyberharcèlement donne d’autres repères.

Si vous apprenez que votre enfant participe à un harcèlement, cherchez d’abord à comprendre : effet de groupe, vengeance, harcèlement subi ailleurs. Expliquez-lui ensuite clairement que ces faits sont graves et qu’à partir de 13 ans, un mineur encourt des peines d’emprisonnement et d’amende. Le 3018 s’adresse aussi aux auteurs.

Quel rôle pour l’établissement et les enseignants ?

Depuis la loi du 2 mars 2022, chaque établissement doit prévenir, détecter et traiter le harcèlement, y compris lorsqu’il se produit en marge de la vie scolaire, par exemple en ligne le soir. Service-Public.fr décrit le protocole suivi au collège et au lycée :

  • Détection : le chef d’établissement, avec le coordonnateur harcèlement, reçoit l’élève, met en place des mesures de protection et informe les parents.
  • Traitement : entretiens séparés avec la victime, les témoins, les auteurs et leurs parents, puis suivi régulier de la victime.
  • Sanction : une procédure disciplinaire est obligatoire envers l’auteur. Un élève qui présente un risque pour la sécurité des autres peut être affecté dans un autre établissement.
  • Signalement judiciaire : les faits graves et persistants doivent être signalés au procureur de la République.

Plus largement, l’article 40 du Code de procédure pénale impose à tout fonctionnaire qui a connaissance d’un délit dans l’exercice de ses fonctions d’en aviser sans délai le procureur. Un enseignant informé d’un cyberharcèlement doit donc le relayer à sa hiérarchie et ne pas le gérer seul.

Le programme pHARe de l’Éducation nationale donne un cadre à cette action : personnels ressources formés, heures de prévention, élèves ambassadeurs, ressources pédagogiques. Depuis la rentrée 2026, l’article L. 511-5 du Code de l’éducation interdit aussi aux élèves d’utiliser leur téléphone au lycée, comme à l’école et au collège, sauf exceptions fixées par le règlement intérieur.

Face à un élève qui se confie, nous conseillons à l’enseignant de l’écouter à l’écart, de noter ses propos sans les interpréter, de ne pas demander à voir ou à transférer les contenus en classe, et de transmettre sans attendre à l’équipe de direction.

Comment iProtego peut vous accompagner

Lorsque des contenus visant un enfant restent en ligne, réapparaissent sur d’autres comptes ou remontent dans les résultats de recherche à son nom, notre équipe aide les familles à les recenser, prépare les signalements et engage les démarches de retrait et de déréférencement possibles, en complément de l’établissement, du 3018 et, le cas échéant, de l’avocat. Notre page accompagnement face au cyberharcèlement présente cette démarche.

Sources vérifiées le 5 novembre 2026. Les textes, démarches et plateformes cités peuvent évoluer.

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